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Archive pour la catégorie ‘Interviews’

Questions à Jean Peyratout

Lundi 3 novembre 2008

Plus que tel ou tel projet, c’est ce foisonnement qui est l’aspect le plus novateur du Libre selon moi, avec la récente montée en puissance de la participation d’acteurs qui ne sont pas de formation technique : testeurs, traducteurs, illustrateurs, vulgarisateurs…

Jean Peyratout, instituteur et président de l’association Scideralle, nous a accordé une interview.

  1. Tu es membre depuis 1998 de l’AFUL : comment as-tu découvert le Libre et qu’est-ce qui t’a poussé à t’impliquer directement dans le monde libriste ?

    Jean Peyratout: À mon retour en France après plusieurs années passées en montagne marocaine, j’ai repris en 1997 mon ancien métier d’instituteur. J’utilisais déjà l’outil informatique, notamment de gestion, à titre personnel et professionnel, et naturellement je m’y suis intéressé dans le contexte de l’enseignement en m’interrogeant non seulement sur l’équipement de ma classe puis de mon école mais aussi rapidement sur les possibilités d’une diffusion plus large.
    Fin 1996 j’avais récupéré une Red Hat 4.0 puis en 1997 la Debian GNU/Linux 1.3 - la première distribution Debian sur cédérom officiel ! On ne peut pas dire que j’aie été à l’époque convaincu de la possibilité pour un utilisateur ordinaire, francophone et non ingénieur, d’installer ces distributions et de les utiliser au quotidien… C’est la création de Mandrake par Gaël Duval en juillet 1998 qui a changé la donne en proposant une distribution réellement accessible à tous.
    À la rentrée des classes 1998, à l’échelle d’une école de la banlieue bordelaise tout d’abord, nous avons lancé le projet qui allait devenir AbulÉdu et s’est concrétisé grâce à la rencontre décisive avec Éric Seigne, qui est aujourd’hui encore le développeur principal et le chef de projet d’AbulÉdu. La signature de l’accord-cadre par l’AFUL m’a montré que d’autres s’intéressaient aux aspects institutionnels au sein du ministère de l’Éducation nationale et j’ai aussitôt adhéré à l’AFUL. Nous fêtons donc cette année (P…, dix ans déjà !) le dixième anniversaire de l’AFUL, celui d’AbulÉdu et celui de l’accord-cadre - et pour ma part celui de mon implication associative dans le Libre.
    En 1999 nous avons créé l’ABUL, premier GULL d’Aquitaine, et ce projet pour les écoles qui lui était antérieur y est tout naturellement venu s’insérer, d’où le nom AbulÉdu. C’est aussi avec l’ABUL que débutait à Bordeaux en 2000 la belle aventure des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre pour lesquelles je coordonne, avec d’autres, le thème « Éducation populaire » et dont la 10e édition se tiendra à Nantes du 7 au 11 juillet 2009.
    Puis, en 2002, nous avons créé l’association Scideralle pour soutenir les projets de ressources et de logiciels libres d’intérêt éducatif, avec l’objectif de réunir sur ce sujet les bonnes volontés des fondateurs: l’AFUL, l’April, l’ABUL et de nombreux volontaires dont l’équipe AbulÉdu qui s’était déjà beaucoup étoffée. Scideralle est résolument orientée « Éducation populaire » et regroupe des acteurs très variés: associations du Libre, organismes de formation, groupements de parents d’élèves, municipalité, associations d’éducation populaire… et bien sûr de nombreux acteurs de terrain.

  2. Acteur dans les projets AbulÉdu et Scideralle comment juges-tu la place du logiciel libre dans les écoles ?

    Jean Peyratout: Une remarque préalable : AbulÉdu est un projet, Scideralle est une association, une personne morale qui soutient bien sûr le projet AbulÉdu mais aussi d’autres projets, logiciels et ressources libres d’intérêt éducatif comme les logiciels du Terrier, le site Libre.Pédagosite, Gcompris, Majilux, SkoleLinux, Framasoft et Framabook, l’École ouverte francophone, Sésamath, etc.
    La question de la licence, du caractère juridique des logiciels disponibles n’est pas très pertinente. C’est plutôt la place faite dans les activités d’apprentissage à l’utilisation des ordinateurs et des réseaux qui fait question. Autrement dit, nous sommes plus préoccupés du peu de place réelle faite aux usages des TIC - y compris dans des écoles censées être équipées - que du choix d’outils et de ressources libres qui, j’en suis persuadé, finissent de toutes façons par s’imposer.
    Les raisons de cette sous-utilisation constatée sont multiples, elles ont fait l’objet de nombreux et fort intéressants rapports et sont notamment liées pour partie à la formation initiale et continue, à l’équipement, aux coûts… Mais il me semble que plus fondamentalement l’utilisation des réseaux souffre des mêmes maux que l’enseignement des sciences par ex., à savoir une réticence des enseignants devant une situation où la bonne option serait simplement de s’autoriser à dire aux élèves : « Je ne sais pas moi non plus, cherchons et apprenons ensemble. »
    Autant dire que l’équipement est loin d’être la seule clé d’entrée, même si d’évidence il joue un rôle notamment quand on explore la proposition de travaux à réaliser collectivement et rendre sous forme numérique…

  3. Beaucoup de mairies n’ont pas de personnel qualifié pour assurer un support de GNU/Linux dans les écoles, et la propagation du Libre ne doit bien souvent son succès qu’à une poignée d’irréductibles enseignants qui assurent seuls le support, quelles solutions y apporter ?

    Jean Peyratout:Tout d’abord, le travail des enseignants est d’enseigner, pas de faire de la plomberie, de la peinture ou de la maintenance informatique. Chacun son métier. Viendrait-il à l’idée de faire appel aux enseignants et aux parents d’élèves et amis de l’école pour refaire l’électricité ou réparer la chaudière ? Non, bien sûr. Il existe de nombreuses sociétés de prestation de service en logiciel libre qui sont là pour assurer cette tâche. Dans le cas d’une solution client-serveur comme un réseau AbulÉdu, ce support est d’ailleurs pour l’essentiel fait à distance ce qui rend son coût forfaitaire tout à fait à la portée même d’une petite commune.
    Un serveur, c’est comme la chaudière du chauffage central de l’école, il vaut bien mieux faire appel à un prestataire extérieur, local si possible, et les enseignants n’ont pas à devoir y toucher. Cette situation présente de nombreux avantages, en particulier pour le maire, responsable, qui se trouve protégé contractuellement en ce qui concerne les problèmes de filtrage de sites indésirables ou d’utilisation illicite du réseau dont la responsabilité est transmise au prestataire. Et l’avantage n° 1 est que ça fonctionne toujours et tout le temps !
    La tâche incombant au personnel municipal concerne donc les postes clients et les périphériques, et si cela demande du travail cela ne nécessite pas une qualification de haut niveau.
    La poignée d’irréductibles que tu évoques, je la connais bien, j’en ai fait partie un temps et j’en croise très souvent des spécimens sur le terrain ou via une liste de diffusion, un site ou un forum. je salue ces initiatives pour l’investissement personnel qu’elles supposent mais le problème est que le plus souvent elles s’avèrent contre-productives à moyen terme.
    Abordant le plus souvent le problème sous son angle seulement technique, elles masquent les réalités institutionnelles et aboutissent à des échecs dès que disparaissent les enseignants, élus ou parents qui sont le moteur du projet : changement d’équipe municipale, mutation, lassitude, passage au collège du petit dernier du parent d’élève qui tenait tout ça à bout de bras… C’est du vécu.
    Le résultat est hélas qu’un déploiement d’énergie inouï et plusieurs années de travail bénévole aboutissent à la preuve que : « Le Libre, ça ne marche pas… », soit que des problèmes techniques se posent effectivement sur une solution bricolée en local, soit que ce soit opérationnel mais que les enseignants ne l’utilisent pas.

  4. Que doit faire un enseignant voulant passer au Libre, que peut-il dire pour convaincre ses supérieurs ?

    Jean Peyratout: La situation est très variée selon le contexte : école primaire publique ou privée, secondaire ont des modes de fonctionnement très différenciés, et en particulier « le supérieur » n’est pas le même. Ainsi, dans le cas d’une école publique, la responsabilité de l’équipement de l’école est de la compétence de la commune ou de l’intercommunalité, et donc in fine sur un élu - qui n’est en rien le supérieur des professeurs d’école.
    Mais la réponse est simple : « Just do it ! », passez donc à l’acte. La meilleure façon de convaincre, c’est de l’utiliser sans attendre et sans prosélytisme : le Libre n’est pas une fin en soi, ce n’est qu’un moyen de faire son métier. Il existe de nombreux outils permettant cela, notamment sur clé USB ou cédérom autonome comme Freeduc, Artouste, Kaella, Framakey… ou AbulÉduLive que l’on peut distribuer pour un coût dérisoire.

  5. Beaucoup d’enseignants novices vous contactent pour demander de l’aide ?

    Jean Peyratout: Oui, nous rencontrons beaucoup d’enseignants et éducateurs lors des manifestations auxquelles nous participons dans des bibliothèques, des écoles, des collèges, des associations… Plusieurs centaines de personnes sont abonnées aux listes de diffusion d’échange et vulgarisation comme initiation@abul.org ou utilisations@abuledu.org. Novices ou non : qui n’est pas novice ?

  6. Quelle distribution utilises-tu personnellement ?

    Jean Peyratout: J’en utilise plusieurs : AbulÉdu avec l’interface XFCE, Ubuntu avec l’interface Gnome sur mon portable et Mandriva avec l’interface KDE sur notre PC domestique. J’ai fait le choix de versions « standard » non modifiées et j’en utilise plusieurs pour pouvoir aider d’autres utilisateurs, ce que ne serais pas en mesure de faire si j’utilisais une version de geek « tunée ».

  7. Quel est le projet libre le plus ambitieux et novateur selon toi (hormis GNU/Linux :p ) ?

    Jean Peyratout: Il y en a tant ! Plus que tel ou tel projet, c’est ce foisonnement qui est l’aspect le plus novateur du Libre selon moi, avec la récente montée en puissance de la participation d’acteurs qui ne sont pas de formation technique : testeurs, traducteurs, illustrateurs, vulgarisateurs… Leur contribution est complémentaire de celle des développeurs avec lesquels ils travaillent sur un rang d’égalité dans les projets auxquels je participe. Et ça, c’est vraiment nouveau et intéressant.

Toute la rédac’ de Strapontins.org remercie Jean pour sa disponibilité :) Nous vous encourageons à cliquer sur tous les petits liens dans l’article et découvrir notamment l’association Scideralle :)
À très bientôt ;)

Questions à Jan Morgenstern

Jeudi 12 juin 2008

As for BBB, I love how it sets out to be a jolly harmless cartoon, then turns into a fairly edgy tale of revenge.

traduction: Quant à BBB, j’adore la façon dont il est un joyeux dessin animé inoffensif, puis se transforme en un récit assez nerveux de la vengeance.

Le compositeur et musicien Jan Morgenstern, responsable sonore pour les films libres Elephants Dream (ED) et Big Buck Bunny (BBB), nous a accordé une interview.

INTERVIEW ORIGINAL:

  1. You are a composer and audio producer, what are your musical influence and favorite bands?
    Jan Morgenstern: I listen to all kinds of film scores and have the utmost respect for guys like Thomas Newman or James Newton Howard. On the pop/electronica side, I really dig Steely Dan, Radiohead, Tori Amos, Björk, Squarepusher…
  2. How have you been contacted to work on Elephants Dream and Big Buck Bunny?
    Jan Morgenstern: Back when ED was in the planning, I happened to be fiddling about with Blender myself in my free time, so when Ton posted a call for submissions on blender.org, I submitted a few demos. A few weeks later, I was accepted as the audio guy and visited the newly assembled team in Amsterdam.
  3. What is your favorite movie between the two?
    Jan Morgenstern: I can’t tell. I love the philosophical depth of ED (at least I started loving it after Bassam explained it to me ;) , and I’m quite happy with the way the sound design turned out in that one. As for BBB, I love how it sets out to be a jolly harmless cartoon, then turns into a fairly edgy tale of revenge. And of course, having no dialogue that had to take center stage, I could go wild with the score, which was great fun.
  4. As the music and sound design’s responsable , what tools have you used for the film?
    Jan Morgenstern: My main arranging, mixing and post-production tool is Apple’s Logic Studio on a Mac Pro with a heap of signal processing plug-ins and sample libraries - there’s a list of those on my site. Stereo and 5.1 master editing was done in Audacity, for encoding and file exchange I used FLAC and Apple’s Compressor. About two-thirds of the sound effects you hear in BBB I recorded myself, either in the studio or outdoors with a mobile recording rig.
  5. Have you learned things you did not know through this experience?
    Jan Morgenstern: Of course! Too many to mention, really. But that’s true for most of the projects I do. Being responsible for every aspect of a movie’s sound can be frightening at times, but it’s a great way to gain valuable skills in all different kinds of disciplines, from frame-accurate music writing all the way to production logistics.
  6. Do you use GNU/Linux? If yes, what is your favorite distribution?
    Jan Morgenstern: At home, I’ve been using Linux almost exclusively since 1995. Before I established wavemage, I was also employed as a full-time programmer for a company that ran almost entirely on Linux. I’ve been a die-hard Debian fan for most of that time, but switched to Kubuntu a year ago and have come to like it quite a bit. I’m anxiously waiting for a stable KDE 4.1 release, though, as 4.0 has been a bumpy ride for sure (yes, yes, I know it wasn’t meant for everyday use in the first place… ;)
  7. Are we going to find you in the team for an upcoming animated film?
    Jan Morgenstern: I shall hope so! But I didn’t sign any contracts yet :)

INTERVIEW TRADUIT:

  1. Tu es compositeur et producteur musical, quelles sont tes influences et groupes préférés?
    Jan Morgenstern: J’écoute de toutes les sortes de musiques de films et j’ai le plus grand respect pour les gars comme Thomas Newman ou James Newton Howard. Dans le domaine de la pop/electro, j’aime vraiment Steely Dan, Radiohead, Tori Amos, Björk, Squarepusher …
  2. Comment as-tu été contacté pour travailler sur Elephants Dream et Big Buck Bunny?
    Jan Morgenstern: Quand Elephant Dream a été planifié, je faisais quelques travaux avec Blender dans mon temps libre, alors quand Ton a affiché un appel à contributions sur blender.org, j’ai présenté quelques démos. Quelques semaines plus tard, j’ai été accepté comme le responsable audio et j’ai rencontré la nouvelle équipe réunis à Amsterdam.
  3. Quel est ton film favori entre les deux?
    Jan Morgenstern: Je ne peux pas dire. J’aime la profondeur philosophique d’Elephant Dream (ou plutot j’ai commencé à aimer quand Bassam m’a expliqué ;) ), et je suis très heureux de la façon dont la conception sonore a été faite dans cette voie. J’adore la façon dont il est un joyeux dessin animé inoffensif, puis se transforme en un récit assez nerveux de la vengeance. Et, bien sûr, comme il n’y avait pas de dialogues, je pouvais faire pleins de choses avec les sons, ce qui a été très amusant.
  4. En tant que reponsable audio et design, quels outils as-tu utilisé?
    Jan Morgenstern: Mon principal outil d’arrangement, le mixage et la post-production c’est Apple Logic Studio sur un Mac Pro avec tout un tas de traitement du signal avec des plugins et des bibliothèques - il ya une liste sur mon site. Les sons Stéréo et 5.1 ont été effectuées avec Audacity, pour l’encodage et l’échange de fichiers FLAC, j’ai utilisé Apple Compressor. Environ deux-tiers des effets sonores que vous entendez dans Big Buck Bunny, c’est moi qui l’ai enregistré, que ce soit en studio ou en plein air, avec une plate-forme mobile d’enregistrement.
  5. As-tu appris des nouvelles choses grâce à cette expérience?
    Jan Morgenstern: Bien sûr! Trop pour les dire toutes, vraiment. Mais c’est vrai pour la plupart des projets que j’ai fait. Etre responsable de tous les aspects d’un film sur le son peut être à la fois effrayant, mais c’est un excellent moyen d’acquérir de précieuses compétences dans tous les différents types de disciplines, du cadre précis de l’écriture musicale, à la logistique de production.
  6. Tu utilises GNU/Linux? Si oui, quelle est ta distribution favorite?
    Jan Morgenstern: À la maison, j’ai utilisé presque exclusivement Linux depuis 1995. Avant que je fonde Wavemage, j’ai été également employé à temps plein comme programmeur pour une entreprise qui était presque entièrement sur Linux. Je suis un die-hard fan de Debian pour la plupart du temps, mais je suis passé à Kubuntu il ya un an. J’attends la version stable de KDE 4.1, car la 4.0 a été un trajet chaotique pour certains (oui, oui, je sais qu’elle n’a pas été conçue pour un usage quotidien) ;)
  7. Te verras-t’on bientôt dans un nouveau projet de film?
    Jan Morgenstern: Je l’espère! Mais je n’ai pas encore signé de contrat :)

+ d’infos sur Jan:

Toute la rédac’ de Strapontins.org remercie Jan pour sa disponibilité :)
À très bientôt ;)